Le cabanon

_MG_5978 Un jour comme tous les autres jours, il ouvrit les yeux. Ce matin-là pourtant les raies de lumières qui filtraient sous le rideau de la chambre n’avaient pas la même texture. Ils ne striaient pas la moquette, ils ondulaient, comme si une brise s’engouffrait dans la pièce. Sur son lit, il se redressa sur un coude et regarda autour de lui. Tous les objets habituels se trouvaient à leur place mais l’air semblait plus léger, plus frais. La veille, il avait dû oublier de fermer la porte-fenêtre qui donnait sur le jardin. Il se leva, tira d’un coup sec le rideau et fut enveloppé d’une lumière oranger. En l’espace d’une nuit, le printemps avait comme envahi chaque parcelle de son terrain, verdissant les arbres, recouvrant la pelouse de pâquerettes.

Depuis que Liliane avait repris son horaire de nuit, l’odeur puissante du café ne se répandait plus dans la cuisine le matin. La distance qui s’était immiscée entre eux se révélait dans l’absence de cet arôme. En investissant ses nuits, Liliane vivait en décalage de ses jours à lui. Elle ne rentrait pas avant huit heures le matin, lorsqu’il sortait de la douche. Ils échangeaient alors quelques paroles, elle épuisée de sa garde, lui à peine sorti du sommeil et ils se séparaient à nouveau.

C’est à ce moment-là, qu’il entendit la porte, non pas celle de l’entrée mais celle de l’atelier au fond du jardin. Elle venait de claquer. Il n’y avait pourtant qu’une légère brise. Il glissa ses pieds dans ses sandales et s’avança vers le cabanon qui jadis accueillaient les vieux cadres du grand-père de Liliane. Depuis des années un désordre rouillé et poussiéreux l’avait envahi. Il poussa la porte dont les gonds grinçaient et sursauta. Sur la scelle de leur tandem se tenait un singe qui le fixait de ses yeux noirs.

Assis sur un tabouret dans la cuisine, il buvait son troisième thé. Il avait bien vu un singe, un vrai. Pris de panique il avait refermé la porte précipitamment. Est-ce qu’un singe sait ouvrir une porte ? Il avait appelé Liliane qui rentrait d’une mission humanitaire au Sénégal, son avion avait dû atterrir. Est-ce qu’il pouvait partir au bureau en laissant le singe dans l’atelier ? Il finit par contacter son associé, il ne viendrait pas au boulot aujourd’hui. Il n’avait pas expliqué la raison de son absence, ou plutôt, si, il avait menti, il avait prétendu souffrir d’une angine. En début d’après-midi alors que Liliane aurait dû être rentrée déjà, il osa retourner jeter un œil par la vitre du cabanon. Le singe se trouvait là, dans un coin de la pièce pendu à une vieille chambre à air. Est-ce qu’il devait appeler la Police ? Il fit sonner une fois encore le portable de Liliane. La messagerie se déclencha. Il réussit à parler avec la secrétaire de son service à l’hôpital. Personne n’avait de nouvelles. Pas de retard sur son vol non plus. Il déjeuna très tard d’une tartine d’anchois et de cresson, il n’avait jamais tellement faim. Ce jour-là encore moins.

Rentré de la supérette avec deux bananes dans un sachet en papier, il se dirigea vers l’atelier. La porte était ouverte. Nerveux, il glissa un œil à l’intérieur. Le singe avait disparu. Il resta figé plusieurs longues minutes avant de reprendre ses esprits. Il entendit sonner le téléphone fixe. Une première fois puis une deuxième. Il ne bougea pas. Lorsqu’il parvint enfin à se ressaisir, il sentit son portable vibrer dans sa poche. Un message de Liliane, « Tu viens vivre avec moi au Sénégal ? ».

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