C’est là

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Les rayons de soleil glissent entre les volets bleu délavé de ma chambre sur les hauteurs. La chaleur, déjà, semble épaissir l’air, mais les feuilles de vigne grimpant le long de la tonnelle sur ma petite terrasse me rafraîchissent. Une chaise longue, une table en bois, une vieille chaise. Et là, devant les toits aux tuiles rose orangé, mon ordinateur ouvert attend le clapotis de mes doigts. Le vrombissement léger des insectes à peine éveillés, le chant d’un coq en contrebas, sans doute près de l’épicerie de Christos, l’arrosage du voisin, les figues vertes qu’il m’a offertes à la tombée de la nuit, les mains ouvertes, un sourire discret.

Ce lieu a scellé en moi des moments forts de ma relation à l’écriture. J’y suis souvent retournée.

Comme chaque fois, avant de quitter Nicosie, je jette dans la voiture un sac contenant mon ordinateur, quelques livres et des vêtements. A 7h30, la barrière de l’école refermée, je gagne l’autoroute de Larnaka. Une heure à peine pour retrouver ce studio accroché aux pieds des montagnes Troodos. Goûter à nouveau à ma vie d’ermite, combler ce manque de solitude pour écrire.

Je me souviens d’une fois, c’était fin septembre. Les figues jonchaient les rues, collant à la chaussée, butinées par les guêpes gourmandes. Tôt j’en fis une cueillette pour ma journée, je passai acheter de l’eau, un avocat et un morceau de halloumi, un pain pita peut-être, et retournai surplomber les collines d’où la vue lointaine sur la mer me ravissait. Alors que je m’asseyais sur la paille usée de ma chaise sous le ciel, j’eus la sensation de ce qu’avait pu être la vie dans ce village soixante-ans en arrière.

Ce que j’y ai écrit importe peu, il demeure cette sensation de liberté, immense et ce paysage ouvert à cent quatre-vingts degrés sur la montagne asséchée, les maisons de pierres et au loin, à plusieurs kilomètres, la côte, son usine de béton dressée contre la mer, le miroir aveuglant de l’eau.

Engourdie par cette longue immobilité, je me glisse dans l’ombre des ruelles pour déambuler parmi les histoires jamais révélées de ce village chypriote. L’après-midi je m’abandonne au sommeil, une langueur m’envahit et le soir quand la taverne, les villageois et les touristes s’activent à nouveau, je regagne ma place sous la vigne, dans la fraîcheur de l’air.

A peine quelques mots échangés, des signes de tête à ceux que je reconnais, année après

année, et ce silence qui prend possession de ma gorge, de mon ventre, de ma tête. Ces retraites de deux jours et d’une nuit filent comme le vent, mais je parviens pourtant à palper à nouveau la texture des heures qui passent, l’élasticité du temps.

Caché dans chaque village, il y a, je crois, un coin pour écrire sous la vigne.

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