Au début, l’incertitude

 

Journal du 12 novembre 2018, Lillebælt, Danemark

 

Je suis une porte. Sa porte. Fermée. Un jour, il décide et il pousse de toutes ses forces, la lumière filtre dessous, un courant d’air peut-être, une odeur ? Il est temps de mettre les voiles. Le matin, ma peau forme une bosse, je me masse le ventre, je me demande si le bébé perçoit mes mains formant des cercles dans un sens puis un autre, je l’imagine jonglant avec ces vagues, cherchant à jouer avec les remous imposées par le mouvement de mes mains.

 

Je me souviens lorsque j’ai ressenti les premières bulles de mouvement en moi, à Djibouti, dans la Corne de l’Afrique. Par une chaleur accablante, lors des coupures d’électricité, mon homme devait se lever la nuit pour activer le petit générateur et relancer la climatisation dans notre chambre. Je me souviens d’avoir cru que mon ventre gargouillait. Mais c’était lui. Le bébé. Comme le dos du marsouin aperçu dans la baie il y a trois jours, il glissait sa tête, son dos peut-être sous la paume de ma main.

 

Hier mon fils est venu s’allonger près de moi sur mon lit et en posant sa petite main sur mon ventre m’a demandé si je sentais le bébé. Il voulait savoir s’il pouvait nous entendre, nous sentir. Toutes ces pensées qui occupent son esprit, le font réfléchir. C’est un bonheur de lire sa surprise, sa joie, son incompréhension aussi. Pour moi, adulte, déjà, la gestation d’un bébé tient de la magie, comment mon corps peut-il naturellement trouver tout ce dont le fœtus a besoin afin de le faire grandir ? Alors pour un enfant de 8 ans ! Il aimerait déjà connaître le sexe, quand pourrons-nous savoir ?

 

Apprivoisé l’idée de ma grossesse. Maintenant que j’ai entraperçu à la première échographie le profil de l’enfant – il mesure déjà plus de dix centimètres et pèse 40 gr – il est devenu réel. Il a acquis sa place. Ici au Danemark le fait d’avoir passé la quarantaine, ne consigne pas les futurs mères dans des grossesses dites « à risque », je suis donc restée pendant douze semaines dans l’incertitude totale. Je suis en accord avec cette idée que les grossesses ne doivent pas être hyper médicalisées mais pour moi, cette unique prise de sang en trois mois, m’a semblé bien peu. Je quémandais des informations au médecin qui m’a reçue deux fois, sans jamais m’ausculter, et qui vu son jeune âge, semblait parfois en savoir encore moins que moi sur la chose. J’ai donc patienté, tant bien que mal, partagée entre la peur que le fœtus soit mal placé, qu’il ne se développe pas bien et cette étrange culpabilité de devenir mère – pour la troisième fois – si tard.

 

Je ne me suis jamais sentie aussi seule que dans ces dernières semaines, tiraillées entre les nausées intempestives et les doutes, les peurs. Me lever le matin et me sentir comme après une soirée alcoolisée prolongée jusque 4h du matin, la bouche pâteuse, la tête qui tourne, l’estomac en vrac. La présence de ces symptômes épuisants depuis plus de trois mois me rappelle que le choix que nous avons fait, je le subis seule. Les premiers temps, lorsque les doutes m’assaillaient, je ne dormais plus, me réveillais entre deux et cinq heures du matin et cogitais sur la folie de ma situation… Et si, pour couronner le tout, je n’arrivais plus à écrire ? Et si, percée de tout part comme une passoire incapable de retenir la moindre idée, l’envie d’écrire me quittait ?

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