Journal de confinement – Jour 7

Les gestes du quotidien ont pris toute la place. Lancer les enfants sur les activités que les écoles leur envoient, essayer de les rendre autonomes dans leur progression, faire les courses, les repas, le ménage, sortir les poubelles, s’aérer les neurones pour ne pas devenir folle et, à la va-vite, chauffer du lait de soja pour me préparer un thé matcha.

Impossible aujourd’hui de m’immerger dans mon journal. Mon roman, jaloux, laissé de côté, crie à l’abandon. Tout faire, c’est impossible. Je n’ai même pas lu les informations, juste applaudi à 20h, saluer mes voisins de loin, tenter de ne pas mordre les membres de ma famille. Promiscuité, absence de silence, mouvement incessant, questions auxquelles je ne sais répondre, combien de temps devrons-nous tenir le siège ?

 

Proposition d’écriture :

Je glisse un œil dans le livre Le petit pays et le jaune soleil de sa couverture et je vous propose d’écrire à partir de la phrase de Gaëlle Faye « Ne t’inquiète pas, on va le retrouver ».

8 commentaires sur “Journal de confinement – Jour 7

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  1. Aujourd’hui, j’ai plein d’envies.
    Avoir des envies, c’est être en vie.
    Envie de ménage, jardinage, lessivages, commérages par téléphone…Je revis.
    Trop d’envies pour savoir par laquelle commencer – aucune n’est prioritaire sur l’autre et il me reste pas mal de jours pour les assouvir toutes – alors ? Alors d’abord…j’ai le tort de prendre des nouvelles du monde.
    Je découvre les polémiques sur le journal de confinement de Leila Slimani, qui interrogent celui que je tiens moi-même pour tenir le coup au jour le jour. On ne devrait pas dénoncer un journal intime, sauf quand il ne le reste plus, peut-être ; quand il devient un journal de style qui prétend à une publication et s’expose donc aux critiques. L’intime ne peut se partager qu’entre intimes, qu’entre ceux qui savent que c’est la dynamique de l’acte créateur qui est recherchée dans cette « production », ce n’est pas son résultat ou son contenu.
    Je sens gronder la voix des inquiets qui cherchent des exutoires aux peines et difficultés qu’ils traversent. Celle des moralisateurs, aussi (ceux-là n’ont pas d’excuses). Mieux vaut ne pas s’exposer à leur flair de chasseurs de boucs-émissaires. Moi-même, je me suis surprise à ressentir un soupçon de ressentiment, des pincements de jalousie, en entendant le récit de certains de mes amis qui me donne des nouvelles de leur confinement/villégiature à la campagne ou à la mer. Je croyais être prémunie de ce genre de parasites qui provoquent des perturbations dans les longueurs d’onde qui nous lient. Est-ce parce que j’ai choisi (par pragmatisme) d’établir mon campement de confinement en ville que nous ne faisons plus partie du même camp ? Je sais leurs motivations qui ne sont pas celles des planqués, comme les stigmatisent les réseaux sociaux, mais celles de bonnes raisons. Grand malaise en mon for intérieur. La réponse est non.
    Fi aux pensées anxiogènes, je rejoins ma terre d’oxygène !

    Elle s’étend du ciel à la mer dans une vaste clairière parsemée de forêts.
    J’y ai une toute petite maison, coquette, pratique, avec des murs de pierres couverts de grimpants. Ça embaume de tous côtés – je suis grisée de parfums. C’est l’été.
    Au loin, de très loin, mes voisins me passent le bonjour par de grands signes de la main et de larges sourires. Pas besoin d’en faire plus – tout le monde va bien. Leurs maisons sont toutes petites elles aussi, parfaitement identiques à la mienne, sauf que l’une a des volets bleus, l’autre roses, …- nous nous sommes concertés pour que toutes les couleurs de l’arc-en-ciel soient représentées. Il n’y a pas de haies ; des poules vont et viennent au gré de leurs trouvailles. Il règne une paix.
    Ça grouille d’une activité humaine et animale, calme et méthodique, qui berce mes heures assouvies . Je vois de loin celui qui bine son potager, j’entends celui qui répare sa toiture. Ça suffit à ma journée.
    Il n’y a pas de voitures ici, personne n’en a – personne n’a jamais compris à quoi ça sert.
    Un défilé de fourmis capte mon attention très longtemps tant je les trouve amusantes. Des abeilles bourdonnent, elles me distraient de ma lecture – bien moins importante qu’elles ; je les regarde butiner, longtemps aussi.
    Je suis le vol des oiseaux. Ils dirigent invariablement mon regard vers un ciel ouvert à l’infini. L’azur vire au violet.
    J’attends le coucher du soleil.
    Je suis bien.

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  2. Claire
    Journal du confinement 4
    24 mars
    Hier, 122 décès, 1859 personnes contaminées. On n’a pas encore vu le pic semble-t-il. Je n’écoute plus que les chiffres qui concernent la Belgique. Cela me déprime. Comment y échapper. Qu’ont-ils fait pour se retrouver à l’hôpital ? Tant de questions qui sont toujours sans réponses.
    Ce soir à 18:00, rendez-vous pour l’apéro avec ma sœur et son mari. Oh ! ils sont ponctuels : whatsApp sonne déjà. Je suis en retard en train de cuisiner. Je décroche en même temps je me précipite sur le frigo, j’empoigne la bouteille de blanc qui me fait plaisir, puis rapido, je plonge dans l’armoire pour prendre un verre et enfin direction le salon pour trinquer ensemble. Le diner attendra. Quel plaisir simple. Pendant quelques minutes nous échangeons nos trucs et astuces, ainsi que quelques blagues pour égayer le confinement. C’est sûr, on recommencera demain.
    C’est le printemps. Chaque année je vis cette saison de manière très particulière, car je suis née au printemps. C’est donc une période où tout se bouscule dans mon corps et dans ma tête. Les projets les plus fous fusent. L’hyperactivité me gagne, je suis prête à renverser des montagnes. Je ne sais pas si cette année sera pareille.
    J’ose le dire, chaque fin d’hiver la même idée me taraude. Elle me hante depuis toujours. Au printemps, cette idée refait surface, comme un cauchemar. Et si la nature nous lâchait ! Si la nature nous jouait un mauvais tour! Si la sève fatiguée de nos excès refusait de revivifier les espèces ! Quelle angoisse !
    Seuls les premiers bourgeons dissipent cette idée mortifère et m’inclinent à remercier la nature de ce renouveau, de sa fidélité à recommencer son cycle bienfaiteur.
    En ces temps de confinement, le ciel est clair, la pollution a disparu. L’odeur de l’humus va nous chatouiller les narines, tour à tour les arbres vont faire jaillir leurs couleurs, d’abord quelques fleurs, blanches et roses, puis les feuilles vert tendre des saules ; vert des marronniers ; rose, puis lie de vins des hêtres. Quel soulagement ! Les jardiniers s’activent. Ils nous préparent un décor indispensable en ville. L’envie me vient d’aller les aider. Hélas, c’est le confinement.

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  3. Claire

    Journal de confinement 3.
    23 mars 2020

    un portrait chinois. Prenez une ou deux phrases et continuez-les (ou inventez-les) : « si j’étais une forêt vierge encore intouchée par l’homme, si j’étais cet animal dont tout le monde parle mais qui ne se montre jamais, si j’étais ce bar où tous mes voisins trinquent le jeudi soir, si j’étais la chaussette trouée de l’oncle Eugène, si j’étais les clés perdues de la caissière, si j’étais le rayon vert au coucher du soleil sur la mer, si j’étais… ».

    Si j’étais le rayon vert au coucher du soleil sur la mer du Nord, je ferais miroiter la mer d’éclats turquoises, fendre les flots d’une lumière éclatante inhabituelle. La mer serait calme, lisse et plate et viendrait mourir sur la plage sans bruit tonitruant en moussant à mes pieds. J’agiterais le spectre lumineux pour mélanger les couleurs. La mer, à la tombée du jour, offre un spectacle inégalé dont le peintre Spilliaert, le maître de la lumière, de la couleur et des contrastes, avait saisi toutes les métamorphoses. Spilliaert a donné à la lumière, a l’eau, a l’air et au feu du soleil qui disparait à l’horizon, une puissance démultipliée.
    La mer est loin, en ces temps de confinement. Bientôt l’envie de la revoir sera d’autant plus forte. Espérons-le. En attendant, les couchers de soleil sur Bruxelles ne manquent pas de charme non plus. Autant en profiter.

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  4. Il y a un an, lorsque j’avais choisi la date de mon dernier jour de travail salarié : le 29 février 2020, j’avais pensé m’inscrire à une retraite dans un monastère. Je ressentais le besoin de faire le vide, d’appréhender le silence, d’expérimenter la solitude, j’ai hésité : ne serais-je pas dans un environnement trop différent, et puis quelles relations aurais-je avec la religion ?
    Finalement, j’avais ensuite prévu tout le contraire : un stage en Crète, un séjour en Espagne, un autre en Normandie et une semaine à Hoedic, un stage au Maroc, un festival à Ouessant et un autre à Douarnenez, des déplacements en avion, en train, en bateau,, en voiture.
    Depuis 20 ans, je vivais à ce rythme forcené, je me suis forgé une existence riche de rencontres, avec des escales nomades. Je pouvais être partout à la fois, ne pas rater le dernier spectacle, être au courant de la dernière nouvelle du monde de la danse, une posture professionnelle ou une fuite en avant ?
    Coronavirus, tu m’a stoppé net dans mon élan, tu me mets face à moi-même, Sapiens face à Sapiens. Mais je ne bats pas en retraite, la partie n’est pas remise, elle va se jouer différemment, je me prépare.

    Aujourd’hui, après une semaine de confinement, ce soir, 20h, je sors devant notre maison de banlieue sud, pour applaudir, jouer quelques percussions inventées avec un arrosoir en métal et un couteau, dans une gratitude pour ceux qui travaillent toujours en première ligne du front, et je me trouve face à une étoile, brillante, seule et grande. Je n’avais jamais vu un ciel si limpide de cet endroit. 21H, je ressort, une personne, dans la pénombre, fouille les poubelles, finalement, elle prend un sac entier et l’emporte. Les étoiles sont maintenant nombreuses, voyantes, brillantes autour de cette étoile. Depuis, je me suis renseignée, ce serait un astre : Vénus, aussi déesse romaine de l’amour et de la beauté.

    Coronavirus, tu es méchant, virulent, troublant, je ne prendrais pas les avions prévus ce printemps, je suis en déroute, je m’interrogerai sur nos essentiels, mais ne t’inquiète pas on va les retrouver !
    En attendant que la médecine te mettre à terre, nous pouvons nous préparer, il nous faudra être fort.es pour réussir à maintenir l’étoile Vénus au centre de nos cieux citadins.

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