Journal de confinement – Jour 16

Deux jours ont filé. Ménage, courses, cuisine, je n’en peux plus de faire la tambouille ! Si seulement une pomme par personne et par jour et l’affaire était dans le sac. Entre les repas de la petite dernière, les nôtres et la vaisselle, la journée se rétrécit comme peau de chagrin. Pourtant non seulement je suis gourmande mais j’aime aussi préparer les repas, mais là basta. Pourtant, nous avons un accord, les enfants prennent en charge deux repas chacun par semaine. Pâtes, pizza, pâtes, pizza, non, j’exagère on a aussi eu tourte oignons chou-fleur et saucisses patates dans les braises avec le bois ramassé au parc.

Ce matin, atelier d’écriture en vidéo-conférence, une première en groupe. Bien sûr notre gestuel, nos embrassades, l’odeur du café, du thé matcha et des incroyables tartines beurre de cacahouètes banane graines de sésame du café L’Alchimiste m’ont manqué, mais écouter les problématiques de ces auteurs, leurs besoins, leurs questions sur leurs projets de micro-romans en cours m’a réjouie et redonné de l’énergie.

Sirène stridente devant chez moi. J’habite à quelques centaines de mètres d’un hôpital et j’entends le va et vient des ambulances plusieurs fois par jour. Chaque fois. une tension sourde monte en moi. Maintenant ce sont aussi de plus en plus souvent les cloches de l’église de la place de l’Altitude cent qui résonnent en journée. J’aimerais croire que, comme celles de 20h, elles  sonnent pour soutenir les soignants, mais je crains que non. Qui se rend encore aux enterrements ?

Au déjeuner ce midi, ma fille me demande si nous partirons en vacances cet été. Je crois que le plus difficile, outre le stress liée à la propagation du virus, au risque d’être infecté et d’en mourir, c’est l’incapacité à pouvoir se projeter dans un futur plus réjouissant. Bien sûr cela va passer mais quand ? Vivre l’instant, tout de suite, chérir ce qui nous anime. J’essaye d’y croire et de profiter des choses simples mais mon moral est malgré tout en dent de scie. Un escargot trouvé dans ma salade hier au retour du magasin bio m’a fait sourire, je l’ai déposé dans un pot de fleurs chez moi. Un autre compagnon. Il y a aussi les mésanges, qui depuis que nous avons installé une mangeoire sur le mur du jardin, se sont appropriées le camélia du jardin. Elles picorent, se posent sur nos jardinières, attendent, peut-être comme nous, les premières pousses, signes que le printemps est vraiment là. Par contre, aucun des noyaux d’avocats du confinement n’a encore germé. Ont-ils tous décidé de se transformer en cailloux ?

Continuer de lire, d’écrire et de rêver pour que plus vite l’été pointe son nez et réduise le virus à néant. Continuer de croire et d’agir pour un potager géant, inventer des économies solidaires, échanger des livres sur le pas des portes, faire les courses du voisin… et dire aux gens qu’on les aime, oui parfois, tout simplement.

 

Proposition d’écriture : pour ne pas oublier de rêver

Je vous invite à écrire, comme je l’ai proposé à mon groupe ce matin, sur le modèle de Pierre Bettencourt, Fables fraîches pour lire à jeun et d’inventer un personnage qui prend des pilules pour rêver. Quelles pilules, quel rêve ?

« J’ai des cachets pour rêver. Ce soir j’en prends un sur lequel est écrit en tout petits caractères : Voyages aux Indes (première partie). Je l’avale avec un peu d’eau et je m’endors. Tout va bien jusqu’à Bénarès où l’on doit prendre un bain dans le Gange. Le rêve est prévu pour quelqu’un qui sait nager. Or je ne sais pas. A peine à l’eau, je me noie. Je ne saurai jamais la fin du voyage. P.B. »

Et vous, quelles pilules choisissez-vous d’avaler ? Quel nom porte-t-elle ? Faites-nous plonger dans votre rêve.

5 commentaires sur “Journal de confinement – Jour 16

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  1. John prit une pilule de whisky avant de se coucher et plongea dans un sommeil profond au moment même où le soleil ambré disparut à l’horizon d’un rêve bien étrange, ma foi, et qui le tua.
    Il s’en extirpa au milieu de la nuit quand la lune au zénith occultait une étoile qui filait doux vers ce jour qu’il ne reverrait pas. Et pourtant …
    Un brasier de sang et d’amour achevé au chevet de son lit lui caressa le dos jusqu’à la peau des os. Il eut chaud à nouveau.
    John prit une pilule translucide de vodka pour se relever, cette fois.
    Elle lui promit la terre et le ciel et la mer mais il ne la crut pas, l’ignorant.
    Il sombra comateux de gin et de houle qui firent de son radeau un berceau sur les flots. Enfance…
    Des parois de son rêve lui parvint le murmure de l’éclosion d’un monde qui fût le sien il était une fois.
    Les vapeurs éthyliques l’immergèrent à la fin dans un baume de sève de liquide amniotique. Il flotta.
    Des mains à tire d’aile le couvaient jusqu’au cœur et il vit une femme le bénir sur le front. Mère ?
    Elle !
    John se réveilla ivre du manque d’elle, prêt pour le saké qui l’achèverait mais…
    Elle était à genoux là à son côté comme jamais auparavant elle ne l’avait été.
    John frotta ses yeux pour y voir mieux y croire et il la vit et crut au rêve ressuscité.

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